3 - Un pays, une histoire, des hommes

Les clefs du passé

Franklin Delano Roosevelt, statue by Neil Estern - Washington DC © cliff1066™ Abordée dès l’an 1000 par les marins vikings, colonisée à partir du XVIe siècle, véritablement explorée, peuplée, administrée à partir de 1607, l’Amérique devient indépendante le 4 juillet 1776. Un peu plus de deux siècles conduisent ensuite les Etats-Unis de la conquête d’un continent au leadership planétaire.

La conquête du territoire

On sait désormais que, si Christophe Colomb est le moderne découvreur du continent américain (1492), bien avant lui, les Vikings avaient posé le pied du côté de Terre-Neuve et de l’Ontario à la veille de l’an 1000. Pêcheurs, ils ne s’installent pas. Le territoire aux dimensions d’un continent est demeuré jusqu’au début du XVIIe siècle le royaume des tribus indiennes. Venus d’Asie par le détroit de Béring, ces nomades vivent de chasse, de pêche et d’agriculture rudimentaire. L’immensité du pays combinée à la modeste population de chaque tribu limite les conflits entre eux. Ces deux paramètres favoriseront grandement la soumission des Iroquois ou des Sioux, principaux occupants de l’est et du centre des futurs Etats-Unis.

Au XVIe siècle, les Espagnols s’installent au Texas et en Floride, prolongeant ainsi leurs établissements mexicains. Au nord, les Français explorent le Saint-Laurent.
La colonisation proprement dite débute tardivement, en 1607, lorsque les Anglais fondent Jamestown et une première colonie, la Virginie, en bordure d’Atlantique. L’année suivante, Champlain fonde Québec. Douze autres implantations compléteront jusqu’en 1733 le domaine britannique : le Massachusetts, où débarquent la centaine de pèlerins du Mayflower, en 1620, le New Hampshire, le Maryland, le Connecticut, Rhode Island, la Caroline du Nord et celle du Sud, la Pennsylvanie, la Géorgie, ainsi que, cédées par les Pays-Bas en 1664, les Etats de New York, du Delaware et du New Jersey. Les colons, anglais, écossais, gallois, mais également allemands, suédois ou même protestants français qui optent pour l’exil à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, font nombre et effacent les éphémères tentatives menées par les Hollandais, les Suédois ou les Finnois.

Au milieu du XVIIe siècle, la géographie de l’Est américain traduit la domination des puissances européennes.
Les Français sont établis au nord (actuel Canada) et au sud, en Louisiane, tentant de réunir ces deux empires par le contrôle des vallées du Mississippi et du Missouri. Les Espagnols ont jeté leur dévolu sur le Sud. Les Anglais enfin, derniers arrivés, dominent au centre. Cette géographie porte aussi en elle le germe des futurs conflits qui donneront naissance aux Etats-Unis d’Amérique.

Le premier oppose les Anglais aux Français. Il se conclut à Paris en 1763 après une guerre de sept ans qui évince les Français conduits par Montcalm du Canada, désormais britannique. Cette victoire, à mettre au crédit autant des troupes de la Couronne que de celles levées auprès des nouveaux colons américains, jette les bases initiales d’un sentiment national contradictoire avec le statut colonial. Le conflit éclate lorsque le gouvernement central impose à ses sujets américains une série de taxes (timbre, thé, sucre, papier) destinées à rembourser le coût de la guerre. De l’autre côté de l’Atlantique, ces mesures sont perçues comme vexatoires. D’abord réprimée à Boston (1770 et 1775), la révolte devient rébellion. Réuni à Philadelphie, le Congrès américain déclare l’indépendance le 4 juillet 1776, une date qui devient la fête nationale américaine. Le texte a été rédigé par Thomas Jefferson.
Les Anglais n’ont d’autre choix que de mater les insoumis. L’armée américaine, dont le commandement est confié à George Washington, soutenue par les troupes françaises conduites par La Fayette et Rochambeau, bat les troupes britanniques une première fois à Saratoga (17 octobre 1777), quatre ans plus tard, le 19 octobre 1781, à York Town. Le traité de Versailles (1783) établit la République fédérée des Etats-Unis d’Amérique, entre Grands Lacs et nord de la Floride, entre Atlantique et Mississippi. On y compte alors 4 millions d’habitants.

De l’indépendance à la guerre de Sécession

La victoire crée une unité de façade. Le nouveau pouvoir se dote d’une Constitution, le 17 septembre 1787. C’est le même document qui est aujourd’hui en vigueur, enrichi de quelques amendements. Mais la cohésion des Etats-Unis reste à assurer. Les rivalités entre les Etats du Nord, marchands et savants, avec ceux du Sud, agricoles et esclavagistes, sont vives. Les finalités des uns sont incompatibles avec celles des autres.

George Washington, premier président américain, est élu le 30 avril 1789. John Adams et Thomas Jefferson lui succèdent. Une seconde guerre d’indépendance, livrée à nouveau contre les troupes anglaises (1810 à 1815), soude temporairement la nation américaine, qui entame sa conquête de l’Ouest. Après que Napoléon lui a vendu la Louisiane (1803) pour 15 millions de dollars, elle acquiert la Floride auprès de l’Espagne, en 1819, intègre le Texas en 1845, annexe les Etats du Sud (Arizona, Nouveau-Mexique, Californie) à la suite d’une guerre contre le Mexique (1848) et obtient la cession de l’Oregon (1846) par la Grande-Bretagne. Un peu plus tard, un accord avec l’ancienne puissance coloniale fixera la frontière avec le Canada le long du 49e degré de latitude nord. Ces différents épisodes donnent aux Etats-Unis leur territoire continental actuel. En 1860, la République compte 33 Etats. Dix-sept Etats compléteront par la suite l’Union, dont l’Alaska, racheté aux Russes en 1867 et Etat à part entière en 1958, ainsi que les îles Hawaii, annexées en 1898, intégrées en 1959. Les Etats-Unis d’Amérique comptent désormais 50 Etats, désignés par les étoiles de leur drapeau.

La fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe sont la période durant laquelle s’écrit une légende. La conquête de l’Ouest ouvre d’immenses espaces aux colons, qui scrutent le soleil couchant sur les bleus du Pacifique et ses promesses d’or. La mythologie américaine est en train de désigner les héros de sa littérature et de son cinéma. A la gloire des conquérants. En soulignant toutefois que cette avancée vers l’ouest signe la mort des tribus indiennes, obligées de céder leurs terres de chasse et de campement.
Entre-temps, les tensions entre le Nord qui s’industrialise et le Sud où domine la production agricole se cristallisent autour de l’esclavagisme, legs de l’administration britannique. Ici, les idéologues convaincus au libéralisme, et que déjà touchent les idéaux de la prochaine Révolution française, clament l’égalité entre les hommes. Là-bas, les pragmatiques, élevés dans la conviction d’une race blanche supérieure, soumis aux impératifs de plantations qui, sans main-d’œuvre gratuite (on compte environ 4 millions d’esclaves en 1850), sombreraient aussitôt dans la faillite. Les premiers espéraient que le temps et la prospérité industrielle viendraient à bout de cette question d’un autre âge, inadéquate avec leur idée de la démocratie. Les seconds voyaient dans le maintien de l’esclavage la preuve de leur thèse inégalitaire. La confrontation est inévitable. D’autant que les grandes puissances ont décrété l’abolition : l’Angleterre en 1833, la France en 1848…

En 1860, Abraham Lincoln, résolument antiesclavagiste, accède à la présidence. Ce républicain, avocat, est enfant de l’Illinois, un Etat qui ne pratique pas l’esclavage. Cette élection passe pour une provocation auprès des Etats du Sud, qui y voient la promesse d’une rapide abolition. La Caroline du Sud sort aussitôt de l’Union. Plusieurs Etats du Sud suivent son exemple. Le 8 février 1861, onze Etats sudistes (les vingt-trois autres restent fidèles à Lincoln) constituent les Etats confédérés d’Amérique, installent leur capitale à Richmond et se déclarent en état de sécession.
Le Nord envoie ses troupes mener une guerre qui dure jusqu’en 1865 (capitulation des confédérés à Appomatox, le 9 avril) et se solde par plus de 600 000 morts. L’esclavage est aboli la même année par les treizième, quatorzième et quinzième amendements de la Constitution. Lincoln est assassiné.
Les Etats-Unis d’Amérique doivent être reconstruits. Ils comptent pour cela une population de 40 millions d’habitants en 1870, sans cesse enrichie de l’émigration européenne. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays est peuplé de 100 millions d’Américains.

 

L’ère de la prospérité

La fin du XIXe siècle enregistre une avancée fulgurante de l’économie américaine. Le pouvoir du Nord donne son leadership au pays pendant que s’achève la conquête de l’Ouest, stimulée par l’arrivée massive d’émigrants européens (un million pour la seule année 1905 !). C’est sur l’industrie, sa rationalisation (le taylorisme), son gigantisme (création des trusts et holdings), les banques et le commerce, sans oublier les vertus du melting-pot, que s’appuiera sa prospérité. Abondance des ressources naturelles que révèle un territoire immense, importance du marché intérieur qui ignore les droits de douane, disponibilité d’une main-d’œuvre bien décidée à tourner la page et à gagner une réussite américaine exemplaire… Le potentiel économique est immense. Sa montée en puissance est enfin alimentée par les crises que traversent les pays d’Europe. Les grandes nations s’engagent dans une militarisation coûteuse en s’endettant auprès des banques américaines. L’intervention des Etats-Unis dans le premier conflit mondial (à compter du 6 avril 1917) est décisive pour assurer la victoire contre l’Allemagne. Elle permet aussi au Nouveau Monde d’asseoir une première hégémonie sur un Vieux Continent qu’il faut désormais reconstruire. La richesse américaine flambe. Cette période d’euphorie, marquée par la conviction de la supériorité du modèle américain n’est tendre ni avec les militants (Sacco et Vanzetti), ni avec les consommateurs d’alcool (ère de la prohibition). Elle célèbre en revanche les Rockefeller, Morgan, Ford, gloires du capitalisme triomphant. L’Amérique a des ailes : the American Way of Life passe pour un modèle de vie moderne, l’automobile, le cinéma, la radio, la maison pour tous, le crédit… matérialisent une euphorie justifiée. Jusqu’au fameux Jeudi noir, le 24 octobre 1929. La Bourse de New York, Wall Street, perd 20 % de sa valeur en une semaine, ruine des millions de petits épargnants, accule à la faillite des milliers d’entreprises et provoque un chômage qui touche 8 millions d’Américains, bientôt 15, le quart de la population active.

Les Etats-Unis, première puissance mondiale

En proposant à ses compatriotes le New Deal, la « nouvelle donne », le président démocrate Franklin Delano Roosevelt (élu en 1932) reconstruit l’économie américaine sur des bases réalistes. C’est la fin de la totale liberté des entrepreneurs, incontrôlée, inadaptée à la nécessaire redistribution de la richesse. Désormais, outre l’abandon de la parité fixe entre le dollar et l’or, des mesures sociales (aides commerciales, fonds pour les chômeurs), des interventions mesurées de l’Etat, une politique centralisée de grands travaux, caractériseront l’économie du pays. Roosevelt est réélu pour trois autres mandats successifs. Il quitte la Maison Blanche en 1944.
Entre-temps, dopés par l’effort de guerre, les Etats-Unis sont devenus la première puissance économique du globe. Leur entrée dans le conflit aux côtés des Alliés (France et Grande-Bretagne) est décidée après l’attaque de leur base navale de Pearl Harbour par les Japonais, le 7 décembre 1941. En 1945, après avoir débarqué sur les côtes françaises, le contingent américain assure la victoire contre l’Allemagne nazie. La bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 conduit à la reddition des Japonais.

Les Etats-Unis, qui vont financer une nouvelle fois la reconstruction de l’Europe (plan Marshall, un prêt de 14 milliards de dollars de l’époque, versé aux pays amis) sont les grands vainqueurs du conflit, au cours duquel 300 000 de leurs GI’s ont trouvé la mort.
Malgré les incartades françaises (refus de l’hégémonie américaine, désengagement de l’Otan, décidés par le général de Gaulle), les Etats-Unis assurent le leadership du monde occidental. Ils sont confrontés à l’Union soviétique, l’autre géant du globe, né de la révolution bolchevique de 1917, conforté par l’instauration de régimes marxistes dans les pays amis d’Europe centrale (Allemagne de l’Est, Hongrie, Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie, etc.). Les deux géants se sont mis d’accord sur une répartition globale de leur influence à l’occasion d’une réunion secrète tenue à Yalta en 1945.
En 1949, le bloc communiste accueille le troisième géant qu’est la Chine. S’ouvre la période de la guerre froide. Les superpuissances se défient de part et d’autre du mur de Berlin, à Cuba, en Corée, au Vietnam… Les présidents Kennedy (assassiné le 22 novembre 1963), Johnson et Nixon mènent une pénible guerre dans le Sud-Est asiatique, d’où les troupes américaines se retirent en 1973, assurant la victoire des troupes communistes et la réunification du Vietnam du Nord et du Sud.
Révoltes noires en faveur de la non-discrimination, marquées par l’assassinat du leader pacifiste Martin Luther King (avril 1968), manifestations d’étudiants contre la guerre du Vietnam, crises politiques (Watergate) marquent cette période qui fait douter l’Amérique de ses vertus.
Elle retrouvera sa pleine confiance avec l’effondrement du mur de Berlin (9 novembre 1989), qui signe la fin des dictatures populaires en Europe et ouvre en Russie une ère de libéralisme. Elle triomphe surtout au plan de l’économie.

La pax americana

Seule puissance capable d’entretenir une influence mondiale, ne se connaissant plus d’ennemis déclarés à l’exception de Fidel Castro (Cuba) et d’une poignée de fanatiques religieux, les Etats-Unis sont devenus les interlocuteurs obligés de tous les conflits. Après avoir scellé la réconciliation avec la Chine de Mao (1978), ils s’engagent sur la plupart des dossiers internationaux : traité de Camp David, en 1978, mettant un terme au conflit entre Egypte et Israël, conduite de la guerre du Golfe (1991) contre l’Irak, contingent de la paix en Haïti, spectaculaire poignée de main entre Yasser Arafat et Menahem Beguin à Washington, en septembre 1993, entregent dans la plupart des conflits qui éclatent en Afrique, mobilisation des pays membres de l’ONU pour que soit appliqué l’embargo contre l’Irak, nouvelle mobilisation des troupes internationales pour que le désarmement irakien se poursuive, intervention directe du président Clinton pour que soit signée la paix entre les communautés religieuses d’Irlande (avril 1998)…
Au cours de la première année du nouveau siècle, les Etats-Unis ont très durement accusé le choc des terribles événements du 11 septembre 2001. Quatre avions de lignes sont détournés par des terroristes et dirigés sur des cibles hautement emblématiques, comme le World Trade Center, symbole de la puissance économique du pays, et le Pentagone, siège de l’état-major américain, faisant près de 3 000 victimes. Au cœur de la tragédie, les Américains ont néanmoins très vite indiqué le chemin à suivre : la lutte contre le terrorisme international, illustré par l’intervention militaire en Afghanistan et la déclaration de guerre à l’Irak.
En 2004, George Bush est élu à la présidence des Etats-Unis. A l’issue de son second mandat, en 2008, il cède sa place, alors que la première puissance mondiale s’enlise en Irak et peine à retrouver une économie de pleine croissance.

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